Au sujet des Témoins de Jéhova (suite)

Les Témoins de Jéhovah forment un mouvement se réclamant du christianisme. Ils sont issus d’un groupe né aux Etats Unis dans les années 1870, connu sous le nom d’Etudiants de la Bible.

En 2015, le mouvement revendique plus de 8,2 millions de membres actifs dans le monde entier. Par ailleurs, plus de 19,86 millions de personnes, pratiquants et sympathisants confondus, ont assisté à leur célébration annuelle, le « Mémorial de la mort du Christ ».

Les Témoins de Jéhovah sont connus principalement pour leur prédication de porte-à-porte et l’importance qu’ils donnent à la Bible, qu’ils considèrent comme la Parole de Dieu. De tendance pré-millénariste, ils annoncent depuis les années 1870 l’intervention imminente de Dieu dans les affaires humaines lors de la bataille d’Armageddon, et ont pour objectif l’établissement du Royaume de Dieu sur Terre, seule solution aux maux de l’Humanité selon eux. Les Témoins de Jéhovah sont régulièrement accusés d’être une secte, dans le sens d’organisation à dérives sectaires, par les associations anti-sectes et les médias. Ils sont aussi qualifiés comme tels par les sociologues,

Le fondateur Charles Tarze Russell reprend en 1870 les théories annonçant la fin des temps : le Christ est de retour de façon invisible depuis 1874 , et la destruction de toutes les institutions de ce monde suivie de l’établissement du Royaume de Dieu, est prévue pour 1914 la Watch Tower (La Tour de Garde) annonce entre décembre 1880 et mai 1881 que les Étudiants de la Bible pourraient être enlevés au ciel en octobre. En 1914, le groupe des Étudiants de la Bible dépasse les 13 000 membres, sans compter les sympathisants. Cette année-là, Russell interprète le déclenchement de la Première Guerre Mondiale comme étant le début de l’accomplissement des prédictions. Il annonce alors Armaguéddon pour 1918, mais décède deux ans avant : en 1916. Sa mort le préserve de la désillusion, mais laisse ses disciples dans le désarroi.

En janvier 1917, Joseph Franklin Rutherford est élu en tant que nouveau président de la Watch Tower Bible and Tract Society. Dès le début de sa présidence, il doit faire face à une crise de succession initiée par Johnson, un proche collaborateur de Russell, et par quatre autres directeurs de la Société. Le conflit devient public le jour de l’annonce par Rutherford de la publication d’un livre intitulé Le Mystère accompli, qu’il présente comme le septième volume des Études des Écritures de Russell Rutherford démet de leurs fonctions les quatre directeurs et expulse aussi Johnson des quartiers généraux. Les contestataires tentent de faire nommer Menta Sturgeon, ancien secrétaire de Russell, à la place de Rutherford lors de l’élection de janvier 1918. Leur tentative échoue, ce qui entraîne un schisme.Le livre de 1917 Le Mystère Accompli annonce la destruction des religions pour 1918, suivie d’une période d’anarchie généralisée pour 1920. En 1920, la brochure Des millions de personnes actuellement vivantes ne mourront jamais met en avant, comme cela avait été déjà fait en 1917, la résurrection des prophètes comme Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que le début du millénium pour 1925. Ce livre est traduit en onze langues et devient rapidement un best-seller, ce qui marque le début d’une importante campagne de prosélytisme. Toutefois, l’année 1925 passe sans que les évènements annoncés se produisent.

 

En 1931, le mouvement prend le nom de « Témoins de Jéhovah » pour se démarquer des autres « Étudiants de la Bible ». Il se démarque encore un peu plus du reste de la Chrétienté lorsqu’en 1936, la croix est considérée comme un symbole païen, Rutherford déclarant alors que Jésus est mort sur un poteau. L’important travail de restructuration du mouvement, la non-réalisation des prophéties et le durcissement de la doctrine, donnent lieu à de multiples schisme avec des Etudiants de la Bible restés plus fidèles aux enseignements de Russell.l Tout au long de sa présidence, Rutherford est critiqué pour son mode de vie. En pleine crise des années 1920, il possède deux Cadillac et de nombreux logements luxueux, dont une villa du nom de « Beth Sarim », ce qui fait contraste avec le mode de vie de sacrifices encouragé chez les fidèles. Walter Salter, le responsable de la filiale canadienne lui en fait le reproche ainsi que l’avocat du mouvement Olin R. Moyle. Ces derniers, ainsi que d’autres Témoins de Jéhovah, lui reprochent en outre ce qu’ils considèrent comme une consommation excessive de boissons alcoolisées.

 

En 1933, avec l’arrivée des nazis au pouvoir, les Témoins de Jéhovah sont interdits en Allemagne. Pour faire lever cette interdiction, ils envoient une « déclaration de faits » rédigée tant par les dirigeants américains qu’allemands, au chancelier du Reich Adolf Hitler. Pour l’historien James Penton, cette déclaration est ouvertement « antisémite », et s’accompagne d’une lettre « flagorneuse » directement adressée à Hitler. Vivien Perrec précise que cette lettre, si elle est très connue par l’historiographie externe au mouvement des Témoins de Jéhovah, est en revanche passée sous silence par l’organisation.

 

Lorsque Rutherford décède en 1942, il est remplacé à la tête de l’organisation par deux hommes qui se partagent les fonctions principales : le président Nathan Knorr, qui s’occupe de l’organisation et de la propagande, et Frederick Frantz, l’écrivain et idéologue. Knorr met en place les moyens de formation nécessaires pour améliorer l’efficacité de la prédication. Il fonde à cet effet l’« École de Guiléad », où sont formés les missionnaires qui sont envoyés dans le monde entier. Puis il réorganise les congrégations dans ce même but, instaurant des « Ecoles du ministère théocratique » pour y entraîner les prédicateurs à l’art de convaincre. Les résultats sont importants : durant la présidence de Knorr, entre 1942 et 1977, le nombre de Témoins passe de 108 000 à plus de 2 millions.

 

Aux alentours de 1966, l’organisation qui a toujours enseigné l’imminence de Armaguéddon se risque à nouveau à recalculer une date : celle de 1975. Bien que cette échéance soit avancée avec plus de prudence, la ferveur des fidèles redouble, amenant un prosélytisme accru. Ainsi, le nombre de baptêmes, qui stagne entre 1960 et 1966 autour d’une moyenne de 65 153 par an, ne cesse de croître ensuite, passant de 58 904 en 1966 à 295 073 en 1975. Après 1975, il faut bien constater qu’Armaguéddon n’est pas arrivé comme prévu. L’échec de cette prédiction amène une nouvelle crise, qui est amplifiée d’une part par une tentative du Collège central de régenter la vie sexuelle des couples mariés, d’autre part par l’interdiction de consommer du tabac. Sur un total de plus de 2 millions de Témoins de Jéhovah, 551 000 quittent le mouvement entre 1975 et 1979, alors qu’ils n’étaient que 95 000 en 1973-1974.

Histoire récente

En 1986, le mouvement met en rapport la proclamation cette année-là par l’ONU de l’ « année internationale de la Paix de la paix » avec le texte de 1 Thessaloniciens 5 : 2, 3 prédisant « une destruction soudaine » à ceux qui diront « paix et sécurité ». En 1992, ils s’affilient pourtant secrètement en tant qu’ONG à cette organisation. En 2001, lorsque l’affaire est rendue publique par le journal anglais The Guardian, les dirigeants Témoins de Jéhovah demandent immédiatement leur désaffectation, ce qui leur vaut d’être qualifiés d’hypocrites par le journal.

En 1995, ils abandonnent l’idée que bon nombre de ceux qui étaient nés avant 1914 verraient la guerre universelle d’Armageddon de leur vivant. Le mouvement continue toutefois de présenter cet évènement comme étant très proche.

En 2000, le Collège Central se sépare de la gestion matérielle de l’organisation. Ses membres démissionnent de leur position au sein des conseils d’administration des différentes entités juridiques internationales pour se consacrer en priorité à l’enseignement religieux. Ils continuent néanmoins d’être consultés sur les projets du mouvement.

Structure organisationnelle

La direction spirituelle des Témoins de Jéhovah est exercée par un directoire d’hommes âgé, nommé le Collège central, seul compétent pour définir la doctrine. Son siège se trouve à Brooklyn, New York. C’est le lieu, malgré un déménagement progressif sur Wallkill et Warwick, du siège mondial des Témoins de Jéhovah, d’où est piloté le fonctionnement, l’enseignement et les nominations des responsables.

Le monde est divisé en « zones », qui rassemblent plusieurs filiales. Une filiale, appelée aussi « béthel », est animée par un comité composé de trois à sept membres. Elle est chargée d’organiser l’activité des Témoins dans le pays où elle se trouve et parfois dans certains pays limitrophes. Son champ d’action est lui-même subdivisé en un ensemble de territoires appelés « districts », qui sont eux-mêmes subdivisés en « circonscriptions ».

En 2009, la société Watchtower dénombrait 118 filiales. Toutefois, des regroupements récents ont depuis fait chuter ce chiffre à 90.

Dirigé par la filiale, un « surveillant de circonscription » supervise des groupes d’une vingtaine de congrégations et les visite deux fois par an. Les membres de chaque congrégation, dont le nombre peut parfois dépasser la centaine, sont sous la responsabilité d’un « collège d’anciens ». Ce dernier est responsable d’organiser les réunions et la prédication, de conduire les « comités judiciaires » et de gérer les finances de la congrégation.

Dans les congrégations, les assistants ministériels secondent les anciens dans leurs tâches d’enseignement et de gestion matérielle. Ils peuvent diriger des parties subalternes des réunions, et aussi gérer des activités sans responsabilités lourdes, comme la sonorisation et l’approvisionnement en revues.16

Parallèlement à cette hiérarchie, des fonctions spéciales d’évangélisateurs existent. Elles sont accessibles également aux femmes. Le siège mondial envoie aussi des missionnaires dans les pays qui manquent de Témoins, seuls ou en couple. Au niveau local, des pionniers s’engagent à faire du porte-à-porte durant un certain nombre d’heures par mois. En 1984, un pionnier spécial devait en faire 120, un pionnier permanent 90, et un pionnier auxiliaire 60.

La société Watchtower utilise plusieurs statistiques pour rendre compte du nombre de ses membres. Le nombre de « proclamateurs » rend compte de ceux qui rendent un rapport d’activité de porte-à-porte. Ils étaient 8 201 545 dans le monde en 2013. L’assistance à la commémoration de la mort du Christ, leur célébration annuelle, est également un indicateur important. En 2014, plus de 19,95 millions de personnes, pratiquants et sympathisants confondus, y assistaient. Ce dernier nombre est parfois repris par des organismes indépendants.

 

À quelques exceptions près, les Témoins de Jéhovah sont présents dans le monde entier. Parmi les pays qui comptent le plus de Témoins de Jéhovah, les Etats Unis d’Amérique atteignent 1,2 million de « proclamateurs » en 2014. Suivent le Brésil et le Mexique, qui en comptent chacun près de 800 000. En tout, 24 pays en rassemblent plus de 100 000, dont la France, le Canada et la République Démocratique du Congo.

Les statistiques fournies par la société Watchtower indiquent que depuis 1998, le nombre annuel de baptêmes s’est stabilisé à environ 300 000, pour un accroissement d’environ 150 000 nouveaux fidèles par année.

La société Watchtower dispose de revenus financiers assurés par les dons volontaires des fidèles. Une partie de la somme récoltée dans chaque congrégation est généralement reversée à la filiale locale. De plus, chaque fidèle peut aussi faire des dons en espèces ou en nature directement à la filiale locale, sans passer par la congrégation.

En 2001, la société Watchtower était classée parmi les 40 sociétés générant le plus haut revenu à New York, atteignant les 951 millions de dollars de recettes annuelles. Cette même année, elle annonce avoir dépensé « plus de 70,9 millions de dollars pour permettre aux pionniers spéciaux, aux missionnaires et aux surveillants itinérants d’accomplir leur ministère». Selon certaines estimations, la fortune totale de la société Watchtower s’élève bien au-delà d’un milliard de dollards, et est surtout constituée de biens immobiliers. Cette puissance financière n’est que rarement destinée à des œuvres sociales ou humanitaires, mais est principalement réinvestie dans le prosélytisme.

Les Témoins de Jéhovah se revendiquent comme un mouvement chrétien dont les dogmes et les croyances sont fondés sur leur compréhension de la Bible, qu’ils considèrent comme la parole inspirée de Dieu. La Bible, dont ils ne retiennent que les 66 livres figurant dans le canon protestant, est considérée par eux comme intégralement véridique. Elle est donc selon eux scientifiquement et historiquement exacte et digne de foi. De plus, ils considèrent qu’elle a déjà prédit l’avenir, notamment des événements pour notre époque, principalement dans le livre de l’Apocalypse (ou « Révélation »).Dans les faits, le contenu de la doctrine, que les Témoins de Jéhovah nomment « la vérité », vient de l’enseignement du  Collège central. Ce dernier dispense une interprétation plutôt littérale de la Bible, mêlée de commentaires allégoriques concernant principalement (mais pas exclusivement) les livres de Daniel et de la Révélation (Apocalypse). Le mouvement prétend qu’il est impossible de comprendre pleinement la Bible sans recourir à son aide. Qu’elles soient littérales ou non, le mouvement présente indistinctement ses interprétations comme étant « bibliques » ou « basées sur les Écritures », même lorsqu’elles sont « spécifiques aux Témoins ». Ainsi, des affirmations chronologiques, qui ont du être révisées ou annulées par la suite, comme les prédictions pour l’année 1925, l’entrée de l’humanité dans « les derniers jours » en 1799, ou le début d’une « présence invisible » du Christ depuis 1874, furent présentées comme étant « incontestables », « d’origine divine » ou « clairement indiquées dans les Écritures ». Même si chaque Témoin de Jéhovah est encouragé à lire et à étudier la Bible chaque jour, aucun n’est autorisé à dévier de l’interprétation officielle, sous peine d’être accusé d’apostasie et excommunié.

 

Selon la revue Réforme, l’importance que les Témoins de Jéhovah accordent à la Bible et à sa compréhension les rattache au protestantisme. Les Témoins de Jéhovah sont restaurationnistes, c’est-à-dire qu’ils croient que Dieu a restauré le vrai christianisme par leur intermédiaire, lorsque Charles Taze Russel a initié le mouvement des Etudiants de la Bible. Ainsi, ils se considèrent comme les héritiers du Christianisme primitif, qu’ils affirment prendre comme modèle.

Si le Collège central est considéré comme « l’esclave fidèle et avisé » mentionné dans l’Evangile selon Saint Mathieu, à l’opposé le « mauvais esclave » représente les religions chrétiennes considérées comme Apostates. Elles sont assimilées à « Babylone la grande », la religion qui s’est pervertie et enrichie en se prostituant avec les rois de la Terre. Les Témoins de Jéhovah considèrent qu’elles ont repris des pratiques païennes, comme la fête de Noël, l’adoration de la croix ou le culte des images, et qu’elles font partie de l’organisation de Satan. Le catholicisme est particulièrement visé, mais également par extension toutes les religions, car elles sont considérées comme éloignant les hommes de Dieu et les soumettant à l’influence de Satan. Ainsi, les Témoins de Jéhovah attaquent vigoureusement toute forme de croyance religieuse ne partageant pas leur interprétation de la Bible.

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